13.7.12

[Le Manifeste du Parti Communiste - aden]

Le Manifeste du Parti Communiste par Marx et Engels , édition Aden.

Puisque c'est l'été et qu'il est pourri, ça nous fait d'entrée deux bonnes raisons de lire.
Pour celles et ceux qui se morfondaient de honte de ne pas encore disposer d'un exemplaire du Manifeste, voila l'occasion rêvée d'y remédier. Dépêchez vous, il en reste encore. Une très belle édition de la vénérable et vénérée maison Aden, joliment illustrée des fameuses et superbes gravures du Belge Frans Masereel, en bonus toutes les préfaces originales des auteurs.

Écrit pour être abordable et compréhensible, il l'est toujours. Un classique incontournable, un texte visionnaire d'une actualité bluffante et brulante. Tout y est, les prétendues crises, le hold-up permanent du capital, son histoire, sa mondialisation et surtout : les moyens d'y remédier ! Le tout en 136 pages pédagogiques et dialectiques, la lutte : quelle classe!

De l'intérêt de relire ses classiques, en parcourant pour la énième fois ce Manifeste survient parfois cette impression déroutante, agréable, de temps désarticulé si cher à Mister K-Dick.
Ce texte provient-il réellement du passé ? Le temps est-il relatif à ce point ?
Marx et Engels se sont-ils juste trompés d'époque ou ont-ils écrit un texte à trappes temporelles?
En voici une belle, vous en lirez de plus impressionnantes, quand ils abordent les « critico-utopiques » (chapitre 2, point 3), lisez le passé télescoper le présent à travers quelques phrases qui pourraient tout autant s'adresser à leurs propres disciples, notez le choix du mot, comme celui d'évangile,
bonnes lectures,
amen.

« A mesure que la lutte des classes s'accentue et prend forme, cette façon de s'élever au-dessus d'elle par l'imagination, cette opposition imaginaire qu'on lui fait, perdent toute valeur pratique, toute justification théorique. C'est pourquoi, si, à beaucoup d'égards, les auteurs de ces systèmes (socialistes et communistes critico-utopiques) étaient des révolutionnaires, les sectes que forment leurs disciples sont toujours réactionnaires, car ces disciples s'obstinent à maintenir les vieilles conceptions de leurs maîtres en face de l'évolution historique du prolétariat. Ils cherchent donc, et en cela ils sont logiques, à émousser la lutte des classes et à concilier les antagonismes. Ils continuent à rêver la réalisation expérimentale de leurs utopies sociales - établissement de phalanstères isolés 1, création de home-colonies, fondation d'une petite Icarie 2, édition in-douze de la Nouvelle Jérusalem, - et, pour la construction de tous ces châteaux en Espagne, ils se voient forcés de faire appel au coeur et à la caisse des philanthropes bourgeois. Petit à petit, ils tombent dans la catégorie des socialistes réactionnaires ou conservateurs dépeints plus haut et ne s'en distinguent plus que par un pédantisme plus systématique et une foi superstitieuse et fanatique dans l'efficacité miraculeuse de leur science sociale.
 

Ils s'opposent donc avec acharnement à toute action politique de la classe ouvrière, une pareille action ne pouvant provenir, à leur avis, que d'un manque de foi aveugle dans le nouvel évangile. »

1- Le phalanstère était le nom des colonies socialistes imaginées par Fourier. Cabet a donné le nom d'Icarie à son pays utopique, et plus tard à sa colonie communiste en Amérique. (Note d'Engels pour l'édition anglaise de 1888.)
2 - Home-colonies (colonies à l'intérieur du pays). Owen appelait de ce nom ses sociétés communistes modèles. Les phalanstères étaient des palais sociaux imaginés par Fourier. On donnait le nom d'Icarie au pays utopique dont Cabet a décrit les institutions communistes. (Note d'Engels pour l'édition Allemande de 1890).


Le Manifeste - édition aden
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