3.6.11

[Bruxelles indignée, en directe du premier carré]

nobody expected the #spanish cucumber-contagion!
Dernier ou premier? En tous cas c'est au carré, de Moscou, que cela se passe à Bruxelles, une jolie petite place pavée, parsemée d'arbres, de tentes et calicots …et d'un potager (!) à St Gilles plus précisément.

Le fait que la situation belge ne soit pas encore aussi critique qu'en Espagne ou en Grèce explique sans doute que dans un premier temps la majorité des Bruxellois ayant répondu à l'appel sont de sensibilité plus radicale, engagée et d'emblée plus "politisés" que les "indignés" Espagnols. A l'origine l'occupation de la place fut lancée le 28 mai par le groupe "Democracia Real Ya - Brusselas", composé de résidents Espagnols,  rapidement rejoint et débordé par les Bruxellois.
C'est un point important à souligner car beaucoup de médias mentent ou plutôt délirent, quand ils prétendent qu'une occupation, une critique du système capitaliste, des revendications antinucléaires ou des assemblées autogérées seraient "apolitiques".
"Non-aligné", "a-partite" ou autonome oui mais pas apolitique et certainement pas à St Gilles.


Paradoxalement pour une partie des participants comme dans l'absolu un contenu politique fédérateur -autre que la mise en pratique de ceux déjà présents et convaincus depuis belle lurette- tarde à émerger. C'est qu'une autre partie -qui jusqu'ici semble majoritaire et est principalement composée de libertaires ou de jeunes et moins jeunes militants plus radicaux, très présents à St Gilles- n'estime pas que des revendications ou une plate-forme commune soient une priorité.
Ce qui explique aussi que contrairement à l'Espagne, l'alcool (des SDF et voisins principalement) est toléré dans le campement où cela fleure plutôt la Jamaïque.
Il est clair qu'autogérer des assemblées comptant comme jeudi soir 250 personnes plutôt que les milliers en Espagne et un site recevant quelques centaines de visiteurs chaque jour, permet plus de souplesse.
Reste que le lieu et son "contexte social complexe", comme le refus d'un minimum d'autodiscipline collective ou de véritables prises de décisions collectives pourraient s'avérer êtres des handicaps à court ou moyen termes…ou pas?

Un des points forts est indéniablement la bonne humeur et le respect mutuel qui règne sur le campement et qui permettent un réel dialogue entre les participants, dépassant ainsi les divergences avec humour en attendant de définir plus de convergences 

Car le défi sera bien d'une part de tenir mais surtout d'élargir la mobilisation.

Le premier objectif est atteint au quotidien car ce début d'occupation en lui-même est une réussite. Une logistique presque au point, quelques tentes, un chapiteau principal installé en accord avec la commune et l'inspection des pompiers, si, si!
Une cuisine où l'on mange "ce que l'on veut et donne ce que l'on peut" qui réussit chaque soir la prouesse de nourrir deux cent personnes, il y a même des toilettes, sèches bien évidemment.
La gestion du campement malgré un environnement difficile, une série de SDF généralement ivres occupaient cette place bien avant les "indigné", est aussi une réussite grâce à l'effort spontané et permanent de quelques "indignés" ultra-compréhensifs et toujours non-violents, très impressionnant!
Les participants apportent aussi beaucoup d'attention aux rapports avec les voisins dont certains visitent le campement ou participent aux assemblées.

Le mode de fonctionnement autogéré est sans doute l'aspect le plus intéressant, qu'il s'agisse du quotidien, du déroulement des assemblées, de la création volontaire et spontanée de commissions pour la communication, pour la logistique, pour un potager improvisé dans les plates bandes…
Mais il montre aussi jusqu'ici les limites de cette assemblée d'indignés -dont certains détestent ce terme, sachez-le- passionnante mais qui peine à prendre des décisions autres que logistiques.

Si l'idée de vouloir expérimenter de "nouvelles formes de démocratie" peut faire sourire ce qui est déjà une bonne chose, elle génère d'intéressantes situations parfois inédites. Et est peut-être un passage nécessaire même -et surtout- s'il amène finalement à démontrer que certaines stratégies qui ont déjà fait leurs preuves sont ou ne sont pas à négliger.

S'il ne s'agit que d'une tentative, elle a le mérite d'exister, de rassembler des citoyens sur le pavé, loin des écrans de TV ou de PC et à force d'essais viendra celui qui pourra être transformé. Et si plutôt que de lire ceci, vous aussi décidiez de prendre la place, qui sait, cela pourrait commencer ici et maintenant?

à suivre...

Plus d'informations, des photos, une time-line des camps de Bruxelles et Liège..
Un compte rendu de l'assemblée du 1er juin
Le carré de Moscou à St Gilles (google map)