25.4.10

[La stratégie de la frite]





Aux francophones et aux autres, d'ici et surtout d'ailleurs*, qui sont déjà passés, passeront ou repasseront afin de tenter de comprendre ce qui se passe -encore une fois- en future ex-Belgique, bonjour ou bonsoir!


On vous présente le problème comme majeur, insoluble et surtout incompréhensible pour les non-belges voire même pour les sujets du royaume…Or c'est pourtant très simple.
En Belgique comme dans d'autres pays européens, de la Grèce à l'Espagne en passant par le Portugal, c'est le capitalisme radical que l'on voit à l'œuvre.

Après avoir mené à bien la globalisation qui permit la dérégulation et les régressions des conquêtes sociales obtenues par les mouvements ouvriers européens, en mettant directement en concurrences travailleurs des pays industrialisés et ceux exploités des pays pillés; il ne reste à présent qu'un obstacle majeur aux pleins pouvoirs effectifs du marché: l'État.
Quand bien même ce dernier serait déjà acquis ou corrompu, cela ne suffit plus aux oligarchies financières, ce n'est qu'à genoux, toujours plus servile et "sécuritaire"qu'il sera toléré.
Aux contribuables d'éponger les pertes, aux actionnaires d'engranger les profits.
Après avoir géré la ruine d Sud, le FMI débarque en Europe...

En Belgique nul besoin d'un tsunami ou d'un tremblement de terre pour pouvoir enfin appliquer la "stratégie du choc"…Rares, voir inexistantes sont les nations exemptes d'un talon d'Achille, d'une faiblesse, d'un conflit latent ou déclaré qui permettront de les déstabiliser. Dans le cas de cet insolent et anachronique royaume social qui fait tâche dans l'Europe de Merkel et Sarkozy il est tout trouvé, agitez la "question linguistique"…

Il y a plus de deux années vous pouviez lire ici une tentative d'explication des tenants et des aboutissants de cette histoire belge et comment certains politiciens usent et abusent de ce thème pour tenter de détourner l'attention des préoccupations réelles des Belges. Qui sont les mêmes que celles de tous les autres Européens: la crise, le coût de la vie qui augmente tandis que le travail se fait plus rare et moins rémunérateur, l'état et l'avenir de cette planète, entre autres…
Si vous avez déjà lu ou prenez le temps de lire les articles précédents, vous comprenez bien qu'il ne s'agit pas ici de nier l'existence du problème linguistique. Pas plus que de nier la colère légitime d'une partie de la Flandre qui attends depuis si longtemps que la question de "BHV" soit réglée. Pour eux, hors de question de voir cette capitale de l'Europe francophone et cosmopolite se développer et "déborder" sur le sol flamand, pas plus que de continuer à devoir accorder les actuelles "facilités linguistiques" au francophones habitant la périphérie Bruxelloise. Entendez ne plus devoir répondre en français aux francophones pour l'administration des communes où ils sont (très) majoritaires et supprimer le droit de vote dont ils disposent à la région Bruxelloise (tandis que les néerlandophones de la capitale restent protégés par des mesures légales sans commune mesure).


Ce qu'il faut bien comprendre c'est que quand les médias opposent pudiquement "droit des gens" francophone et "droit du sol" flamand, c'est d'une part de la question cruciale de la démocratie qu'il s'agit. En effet si les flamands veulent "scinder" Bruxelles de Halle et Vilvoorde (BHV) c'est pour consacrer l'étranglement de la région Bruxelles capitale -qui est francophone- dans le "sol Flamand". Donc à terme estimer que Bruxelles est flamande, car historiquement en sol flamand et définitivement "encerclée" par la Flandre.
Quand ont voit la tournure que prennent les évènements en périphérie flamande où les francophone sont majoritaire, il est tout aussi légitime de s'interroger sur l'avenir des Bruxellois, eux aussi très majoritairement francophones (plus de 85%).
Mais aussi que d'autre part, ceci n'est que le prétexte, un leurre, la cible véritable est le peuple belge, peu importe sa langue, l'État nation , son bien public, sa structure, son art du compromis et de la concertation sociale.

Quelques indices?
Tout part cette fois d'une provocation, d'un"coup de bluff" du parti libéral flamand : l'exigence d'une dead line prématurée aux négociations. Car le président de ce parti est le fils du président actuel de la Chambre et savait donc parfaitement que ce dernier pourrait ajourner le vote de la scission et que dès l'or les francophones n'auraient pas à utiliser si tôt le mécanisme de dernier recours dit de "la sonnette d'alarme" qui permet d'ajourner un vote lésant une communauté mise en minorité. Dead-line en forme d'ultimatum qui provoqua la démission du premier ministre (flamand) qui en fait une spécialité, le bien nommé Leterme, ainsi que la hausse du taux des intérêts pour tout prêts accordés à la Belgique vu la mauvaise note des agences de notation sanctionnant son instabilité politique, un petit arrière goût de cuisine grecque?
Ou un autre fumet, en voyant les images du coup de force des nationalistes bruns du Vlaams Belang investissant la chambre le même jour pour y chanter l'hymne "nationale" flamande?
Et, last but not least, c'est Didier Reynders, ministre des finances et président du parti libéral francophone qui est l'actuel négociateur mandaté par le roi...

Lire aussi:
Belgique, requiem pour modèle démocratique et social
Une histoire belge
Démembrement flexible

*La répartition géographique des lecteurs de la Fourmi Rouge se maintient depuis des années,
environ 60% lisent depuis la France, 20% depuis là Belgique, viennent ensuite le Canada, la Martinique, la Réunion, les USA, la Suisse, le Maroc, la Tunisie et quelques pays hispanophones et anglophones...Le nombre de visites lui est très variable mais la moyenne est d'une quarantaine de visites journalières...
Salutations à toutes et tous!