2.4.08

[Belgique, requiem pour modèle démocratique et social. II ]

Yves Letreme et E.Van Rompuy respectivement actuel Premier ministre et parlementaire CD&V affichent leur opinion lors du "Gordel" '06, évènement cyclo-flamingant. ("split BHV (1) now!" )










Après le panorama politique, son mode d'emploi et la problématique de Bruxelles
(en français dans le texte), voyons les défis qui attendent ce gouvernement que beaucoup estiment comme mort-né ou condamné à moyen terme. Et posons les questions essentielles: les Belges veulent-ils du divorce, s'agit-il d'une lubie des politiques ou pire: d'une manœuvre aux buts inavoués?

Suite à l'énième gifle que fut la scission de "BHV"(1) et malgré leurs menaces les partis francophones de l'"Orange Bleue" accusèrent le coup se contentant d'émettre quelques protestations de circonstance…Juste avant Noël et ses six mois de crise les partis signèrent une trêve dans l'urgence, le roi (re) nommait le Premier ministre sortant -Guy Verofstadt- à la tête d'un gouvernement intérimaire fait d'une coalition de tous les grands partis destinés à rassurer la population, les partenaires internationaux, la bourse et les marchés, bref à donner l'illusion d'une sortie de crise tout en traitant les affaires courantes en souffrance.
Signe des temps flexibles: le gouvernement lui-même devient intérimaire!

Trêve de Noël et "Gouvernement Intérimaire".
Un "gouvernement-paravent" pour masquer la poursuite des négociations incluant cette fois les socialistes francophones, ce en dépit de la volonté première des libéraux de les exclure afin de pouvoir gouverner à droite toutes. La résistance inattendue de la présidente du CDH, Joëlle Milquet, aux exigences flamandes et libérales ainsi que la défection récente du parti flamingant NVA jugeant les pré-accords trop timides, rendaient incontournable l'entrée en piste des socialistes afin de créer la majorité nécessaire aux réformes..
Le léger mais décisif recul du parti socialiste qui permit aux libéraux de tenter de les exclure étant la conséquence de l'exercice du pouvoir et d'une politique plus gestionnaire que sociale mais surtout d'une longue suite de scandales très médiatisés impliquant certains de ses élus dans des affaires de détournements de fonds ou de services. Bien qu'inacceptables ces délits concernent des sommes ou services risibles. A l'image du dernier épisode en cours où une élue est accusée d'avoir fait distribuer des tracts électoraux par des employés communaux durant leurs heures de travail. Pathétique au regard des sommes colossales détournées, des délits d'influences ou d'initiés commis par certains élus de droite agissant de concert avec leurs employeurs et/ou alliés de la finance, des médias et de l'industrie. Tels les intérêts notionnels chers à Didier Reynders, ministre libéral des finances, qui ne feront d'autres victimes que les salariés.
Une véritable campagne médiatique, visant des socialistes à ce point noyés dans le caviar qu'ils en oublieraient que la presse appartient à la droite, qui sera relayée par celle électorale des libéraux amplifiant avec délectation des affaires dénoncées à l'origine par leurs élus.
Moralité: si vous souhaitez faire repeindre votre appartement par les ouvriers communaux ne faite pas carrière au sein du parti socialiste! Optez pour une formation conservatrice qui vous permettra, en outre, de voler des millions aux contribuables en toute quiétude. Notez qu'à ces tarifs la peinture de votre villa par une entreprise privée et le silence des médias sont inclus.

Et nous voici donc après le vote en commission de la scission de "BHV"(1) et l'intronisation du gouvernement de M. Leterme. A la veille de la ratification possible de cette scission par le parlement et d'une inévitable réforme constitutionnelle et fédérale, exigences des partis flamands qui conditionne tout accord budgétaire ou autre. Sans réforme nouvelle crise et bye-bye Belgium!
Voilà qui hypothèque grandement l'avenir de ce gouvernement flambant neuf, en effet les partis flamands dont celui du Premier ministre lui-même exigent des "résultats significatifs" endéans les trois mois!



La population belge veut-elle le divorce?
Ces élus qui appellent, préparent ou tentent de provoquer la fin de la Belgique expriment-ils ainsi la volonté de leurs électeurs? En clair est-ce la volonté des Belges?
Du coté wallon ou bruxellois, donc francophone, seule une minorité insignifiante en est partisane, parmi eux quelques "rattachistes" à la France.
Du coté flamand par contre existe une minorité de séparatistes avoués mais cette fois elle est significative. Il y a évidemment les électeurs de la NVA indépendantiste, une partie de celui du Vlaams Belang et de la droite classique. Ce courant est aussi présent au sein de la gauche flamande mais il y est mineur.
De nombreuses enquêtes ont démontré qu'une grande partie des électeurs des partis tenant un discours séparatiste ne le sont pas pour autant. Bien que la frénésie des sondages qui agite les médias de masse mérite à elle seule une analyse détaillée, contentons-nous ici de souligner une évidence concernant ceux qui assurent que la Flandre compterait bientôt une majorité d'indépendantistes. Certains sondages annonçaient jusqu'à 45% de partisans du divorce…
Français, imaginez les résultats de sondages qui demanderaient aux Corses ou même aux Bretons "Etes-vous partisans de l'autonomie de votre région?", Espagnols remplacez Corses par Basques ou Catalans, Italiens par Lombards, etc., etc.…Bien évidemment une grande partie des sondés, peut-être même la majorité, s'exprimerait en faveur de cette "autonomie" mais ce désir d'indépendance souvent légitimé par une Histoire et une culture propre permet-il d'affirmer que ces sondés soient pour autant partisans du démembrement du pays auquel leur région est attachée, de son état et ses structures dont ils bénéficient?

"Waar vlamingen thuis zijn!" ( "Où les Flamands sont chez eux!")
Reste que cette volonté d'autonomie dans un cadre fédéral ou d'indépendance pure et simple est une réalité en Flandre. Elle a de multiples origines, historiques, culturelles et économiques mais comme l'évoquait l'article consacré à "une Histoire belge" sa source principale est la mauvaise foi des dirigeants usant systématiquement de l'alibi linguistique afin de détourner l'attention des électeurs. Cela va de la caricature d'une "Wallonie rongée par les affaires", à la modification d'appellation de la "côte belge" en "Vlaams kust" en passant par la mise aux couleurs de la Flandre des feux de signalisation. Ce qui peut paraître anodin mais trace une très visible frontière jaune et noire en Flandre et autour de Bruxelles, effet psychologique garantit…
Et de raviver les vieilles rancunes, telles celles nées de l'ancienne domination francophone. En omettant de préciser que les "élites francophones" qui exploitaient les ouvriers flamands (et francophones) étaient aussi composées de flamands reniant leur langue maternelle en optant pour celle élue par la bourgeoisie d'alors!
Notez que le néerlandais moderne, l'"A(B)N"qui permet à un Anversois de comprendre un Gantois distant de 60 km, n'est apparu que récemment. Ceci afin de constater le coté parfois artificiel ou contradictoire de cette "revanche" flamande entretenue par certains, rappelons que le français fut aussi imposé en Wallonie et à Bruxelles où se parlaient moult patois.

S'il est une critique flamande fondée c'est l'incroyable complexité, poids et coût des institutions francophones. Contrairement à la Flandre qui centralise ses administrations au sein du "Vlaams Raad", les francophones eux-mêmes se perdent entre les compétences des régions bruxelloise et wallonne et celles de la "Communauté Française de Belgique" qui les chevauche. Le nombre de ministères qui découle de cette situation -60 pour un si petit pays!- est un gouffre financier. Il faut toutefois préciser que cette complexité était voulue, il s'agissait de garantir à la Flandre la "neutralité" de Bruxelles.
Si aucun parti francophone n'est vierge au jeu lamentable des provocations communautaires, il en est un à l'attitude particulièrement trouble. Le parti libéral/PRL en cartel avec le "Front des Francophones/FDF", à l'image des chrétiens du CDNV musclant leur "nationalisme indépendantiste" grâce à leur alliance avec les flamingants de la NVA.
Une différence majeure: le FDF n'est ni séparatiste ni nationaliste, sa mission originale était la défense des francophones de la périphérie bruxelloise, il se voulait centriste. Le voilà devenu faire valoir linguistique du principal parti très à droite francophone, qui après avoir fait campagne contre la réforme, s'y montre favorable car lui donnant les clefs des ultimes sécurités sociales et des dernières caisses du bien public.

Le pourquoi du comment.
Le but principal et avoué est cette énième réforme de l'état, des finances et de la constitution destinée à accorder toujours plus d'autonomie à la Flandre qui la réclame, à la Wallonie qui la redoute mais certainement pas à Bruxelles. Attribuer aux régions -donc scinder- des domaines clefs de l'économie comme du social : l'emploi et la fiscalité pour commencer, la santé, la sécurité sociale, les transports, etc. suivront c'est promis!
De permettre ainsi de remettre en questions certaines conquêtes sociales -rien n'est acquis- telle l'indexation automatique des salaires, la prolongation des allocations et indemnités, etc.
D'où la volonté première de gouverner "à droite", sans les socialistes qui -s'il n'en a plus que le nom- le sont encore trop aux yeux des libéraux et de leurs sponsors, quitte à faciliter ou provoquer une proclamation d'indépendance de la Flandre.

Un divorce et ses scissions de compétences préalables de ce qui fait le tissu social du pays, seraient et sont déjà défavorables à l'ensemble de la population, flamands comme francophones, et tout particulièrement aux Bruxellois. Ce malgré le cliché d'une Flandre riche (60% du PIB) qui payerait pour une Wallonie en perdition (19% du PIB)
La Flandre est sans conteste une des régions les plus riches du monde mais cette réussite s'est aussi bâtie grâce à la Wallonie et se maintient grâce à Bruxelles, deux régions tout aussi indiscutablement francophones. La Flandre est plus riche certes mais elle plus peuplée -et petite- que la Wallonie, dès lors quand on examine le PIB par habitant celui des francophones (Wallons et Bruxellois) est similaire à celui des néerlandophones. Il fut un temps où la Wallonie prospère alimentait la Flandre et le futur peut réserver plus d'une surprise climatique ou autre qui pourraient amener les séparatistes flamands à regretter leur empressement actuel…


La cible de l'empire? Le bien public !
La configuration actuelle, avec le retour des socialistes, semble indiquer que le scénario envisagé par les partisans de l'éclatement de l'état nation -dernier obstacle à la mise à sac de ce qui reste du bien public- connaîtra de légers retards. La crise dans laquelle s'enfonce la finance internationale pouvant autant différer qu'attiser les ardeurs indépendantistes.

Le peuple belge héritier d'aïeux combatifs et prévoyants a financé des services publics d'éducation, de santé, de transports, de pensions, d'allocations sociales, etc. que le monde lui envie, de véritables trésors qui attisent bien des convoitises.
Une des illustrations flagrantes du pillage de ce bien collectif est la privatisation d'"Electrabel/Sibelgaz", le vol pur et simple d'un pactole nucléaire financé par le contribuable belge. Alors que le citoyen a totalement remboursé le coût des centrales belges, les élus les soldent au privé et les factures d'électricité explosent!

Il ne s'agit certainement pas de vanter les mérites de la royauté ni des socialistes belges et encore moins de la patrie mais de discerner les enjeux réels.
Comme le faisait remarquer K.Vereycken dans son article "Belgique : la mondialisation à l’assaut de l’Etat nation"
"...les Etats, quelles que soient leurs imperfections, restent l’instrument essentiel pour défendre l’intérêt général contre le pillage au profit d’une oligarchie financière. (…)
Allons-nous (…) devenir une myriade de sous-régions « low cost » en compétition les unes avec les autres au grand bénéfice d’une oligarchie à la dérive.
Au lieu de courber l’échine devant les tenants de l’empire de la mondialisation, présentons un grand dessein pour ce pays qui fut l’un des berceaux de l’humanisme, qui est riche en productivité et qui a toujours été un espace de dialogue de cultures et de civilisations."

Ce petit pays dont la devise est :"L'union fait la force". Les récents évènements Kosovars y ont une résonance très particulière, ils inspirent les uns, inquiètent les autres. Ils ne sont pas seuls, de l'Espagne aux Royaumes-Unis, nombreux sont ceux qui craignent un "effet domino".
La réalité du futur ex-belge n'est pas une prétendue frontière linguistique ou autre, c’est le prix de la vie qui double et pas ses gains, ses libertés ou la qualité de cette vie menacée par l'hystérie sécuritaire et l’état du monde.
Si nous ne sommes pas capables de nous entendre sur 30.528km² à quoi bon vouloir bâtir l’Europe? Et surtout comment dès lors relever l'urgent défi qu'est le sauvetage de cette planète, la seule que nous possédions?
Pronétaire belge et de tous les pays quitte ton écran, c'est sur (et par) le pavé que se joue le rapport de force non virtuel qui influera sur ton avenir concret. Rencontre ton voisin, réapproprie toi ton état, le bien collectif que tu as financé, rénove la solidarité, les syndicats et même les partis si tu y tiens vraiment...Mais surtout ne baisse pas les bras, pas maintenant que le système commence à vaciller!

(1)Bruxelles-Halles-Vivoorde.