10.10.06

[Voter blanc, c’est nul ?]


Oui et non.
Contrairement à une légende tenace : non, les votes blancs ne vont pas à la majorité et sont donc bel et bien nuls. (En Belgique comme dans la plupart des démocraties de marché.)
Malgré ce que me prétendirent les assesseurs et la présidente du bureau de vote où je sévis ce dimanche, « A l'issue des élections, pour répartir les différents sièges entre les partis politiques, on ne tient compte dans les calculs que des votes valables. Les votes blancs et nuls sont écartés et ne profitent à personne. Il est donc faux de croire que cela profite à la majorité. », comme le stipule clairement le site officiel de la région bruxellelles-capitale.


Donc voter blanc, c’est bien voter nul. Mais de là à écrire que voter nul ou blanc c’est nul, il y a plus d’un pas que je ne franchirais pas. Pour la bonne et simple raison que, pour la toute première fois, j’ai voté nul, non pas blanc mais carrément nul !
Bien qu’ayant travaillé toute la nuit, faisant fi du repos dominical mérité et munis de lunette solaire j’accomplis mon devoir et mon droit de citoyen, exprimer mon opinion : nul !
N’y voyez pas un coup de tête anarco-blasé, il s’agit d’une décision réfléchie. Et pour cause, il fallait d’abord trouver la manière, car à Bruxelles comme aux USA le vote est électronique…Arrivée au bureau en fin de journée afin d’éviter les inévitables files de concitoyens matinaux, voilà que présidente et assesseurs me confirment d’emblée et malgré eux dans mon choix, en affirmant de concert que les votes blancs vont à la majorité. Comment persister à cautionner une farce dont les acteurs eux-mêmes semblent ignorer le scénario ?
Dans l’isoloir, accordant une dernière chance à la démocratie représentative, je consulte la liste en introduisant la carte magnétique qui vient de m’être remise dans l’ordinateur de vote au look vintage, style Atari, que de souvenirs !
Non, décidément dans ma commune pas l’ombre d’un parti ou d’une candidate, je ne vote que pour les femmes, qui ai communiqué un programme valable. Entre « un sourire pour la commune » et « l’homme par qui les choses arrivent » mon cœur ne balance pas…Il me faut donc récupérer ma carte et pour cela une seule option : le vote blanc ! Mes certitudes mises à mal par la présidente et ses assesseurs, je m’inquiète et appelle la présidente à la rescousse afin d’extraire ma carte de ce suppôt de Big-Brother sans avoir à voter blanc…Sans tarder la gente dame me rassure : « Il vous suffit de voter blanc et ensuite de dégrader la carte de telle sorte qu’elle soit identifiable ». Elle semble donc ignorer aussi que dans ce cas la loi prévoit qu’elle est sensée m’en remettre une autre, que je suis bien sûr libre de marquer à nouveau afin d’annuler mon vote, soit. Je ne pourrais donc saboter qu’une seule de ces maudites cartes magnétiques, exactement le même format qu’une vulgaire (car elles le sont) carte bancaire ou que cette non moins maudite carte d’identité électronique qui vient de m’être imposée par cette commune, à la demande de nos amis états-uniens. Ajoutons qu’aucun des concitoyens officiant ce jour ne pouvaient m’informer du caractère privée ou publique de la société qui gère les votes électronique en ce royaume de science-fiction.
Cela ne semblait pas les inquiéter pas plus que le fait qu’ils étaient incapable de m’expliquer la manière dont le contrôle démocratique de ce procédé est garanti.
Tout ce que j’écris ici et qui aurait horrifié n’importe quel citoyen il y a à peine dix ans est aussi authentique que nul, terriblement nul et effrayant !

Dont acte : A voté d'un joli A majuscule à l'encre indélébile sur la blanche carte magnétique.