18.11.12

[De Guernica à Cana en passant par Ascq (et Gaza)]

Retour sur un texte publié le 31-07-2006 (!), lors de l'intervention Israélienne au Liban. 
Militairement ce fut le premier fiasco des nervis de l'empire mais aussi -tout comme lors de la précédente intervention à Gaza- la démonstration du niveau de cynisme et de barbarie atteint par l'"armée la plus morale du monde".
 

"En premier lieu, il faut riposter par les armes. Aussitôt, il faut cerner le lieu de l'attentat et contrôler les civils sans distinction. Il faut immédiatement incendier les habitations d'où sont partis les coups de feu..."

Feldmarshal Speerle – Cmdt. en chef des troupes allemandes/Ouest.


Amie lectrice, ami lecteur, si tu attends une prose mesurée et drapée dans sa pseudo-objectivité de rigueur tu vas être déçu(e), ceci est un cri du cœur face à l’horreur…
Un cri d’alarme aussi.

Dans la nuit du 1er avril 1944 une explosion réveille le village d’Ascq : un attentat terroriste ou un sabotage de la résistance, c’est selon, vient d’immobiliser un train militaire aux abords de la gare. À son bord, la 12ème division blindée Hitlerjugend en route pour la Normandie. Les jeunes SS vont se faire un devoir d’appliquer les ordres du général Speerle: 86 civils mâles de 15 à 50 ans sortis du lit, nu-pieds ou en pantoufles seront immédiatement passés par les armes dans les rues et le long de la voie ferrée !
Le massacre des 642 habitants, femmes et enfants compris, du village d’Oradour choisi par les SS parce que sans lien avec la résistance, afin d’optimiser l’horreur de ces représailles ou celles de Nantes en 1941 sont aussi tristement célèbres. Mais elles ne peuvent occulter les innombrables exécutions sommaires de civils Français, Belges et autres, alignés le long d’un mur parce qu’ils avaient le malheur de vivre à proximité du lieu d’un sabotage ou de l’exécution d’un soldat par des terroristes ou des résistants, c’est selon. Les résistants ne sont-ils pas dans ce cas des terroristes qui ont triomphé ?

Les représailles déclarées, codifiées par un Etat souverain et visant expressément des civils innocents (habitations, abris, convois de réfugiés) sont indéniablement une des méthodes propres au totalitarisme barbare; particulièrement ses variantes religieuses, fascistes, franquistes, national-socialistes ou socialistes tout court et de tous temps.
L’arbitraire de ces punitions collectives ne servant pas qu’à terroriser la population ou de la dissuader de soutenir les terroristes mais vise aussi l’objectif pourtant paradoxal de discréditer ces "bandits armés".
En effet la propagande nazie, les autorités et la presse collaboratrice ainsi que les honnêtes citoyens n’avaient de cesse de fustiger « les lâches terroristes qui se dissimul(ai)ent parmi les innocents », provoquant le juste courroux du peuple élu d’alors. Ces valeureux sur-hommes aryens qui défendaient l’Europe contre la menace judéo-bolchevique.

« … il est, selon moi, très délicat d'utiliser des symboles à charge historique sémiotique si lourde. »
Tels étaient les mots d’un ami en réponse à un montage réalisée précédemment qui, comme ce texte, proposait une lecture de l’actualité par un renvoi à l’Histoire.
Mais n’est-ce pas justement cette charge sémiotique et émotive qui bouleverse notre conscient, réveillant les traumatismes de notre inconscient collectif européen (de toutes confessions ou athées), lorsque nous assistons atterrés aux évènements du Proche Orient, entre autres?
Lorsque nous voyons nos élus et toutes les institutions démocratiques tétanisées dans un silence complice, incapables de rappeler nos alliés à l’ordre et au respect des lois et conventions internationales les plus élémentaires.
Quand nous constatons que nos médias ont définitivement trahi leur fonction, car cette fois les images et les informations qu’ils rapportent démentent à l’instant leurs commentaires tentant de travestir une sauvagerie et un acharnement injustifiables.
Quand nous sommes les témoins de l’arrogance d’États censés êtres des nôtres, qui bombardent massivement les populations civiles en usant de méthodes et d’armes prohibées par toutes les conventions. Qui prennent les abris civils et les convois de réfugiés(qu’ils provoquent et incitent) pour cibles. Qui menacent de détruire dix immeubles de Beyrouth pour chaque roquette tirée du sud Liban ! Qui n’hésitent plus à faire feu sur les secours et les positions de l’ONU.
Et surtout quand ce sont précisément les militants sionistes intégristes et leurs alliés qui, autant par leurs actions que par leur discours, balayant toute critique d’une accusation d’antisémitisme ou de révisionnisme, usent et abusent de la carte sémiotique. Un jeu très risqué au vu de l’actualité et du fait que les représailles aveugles et disproportionnées sont un trauma qui reste profondément gravé dans la mémoire européenne.

Du judéo-bolchévisme à l’islamo-gauchisme.
Que le racisme et la xénophobie, dont l’antisémitisme est une variante au même titre que le sexisme ou l’homophobie, existent en Europe est une réalité indiscutable. Et tout doit être fait pour en venir à bout ! Que la communauté juive ait souffert de persécutions atroces de la part des européens, dont le point culminant fut la Shoah, est une autre réalité indéniable.
Ceci ne devrait pas faire perdre de vue que le type de comportement, le système qui a permi une telle atrocité a un nom : le fascisme. Ni que les juifs n’en furent pas les seules victimes ou encore que nombreux sont les européens qui combattrons le nazisme et sa politique antisémite. Il semble bon de rappeler que les premiers enfermés dans les camps furent les objecteurs de conscience allemands, suivis par les opposants : communistes, anarchistes, patriotes, ainsi que les juifs, témoins de Jéhova, homosexuels, tziganes, etc. Sans oublier les vingt millions de victimes russes alors soviétiques sur le front Est, ni le lourd tribut payé par l’ensemble des populations civiles ou encore les milliers de travailleurs déportés en Allemagne. Il n’existera jamais de droit d’exclusivité sur la souffrance et encore moins sur la lutte contre le fascisme.
Il est donc malvenu d’accuser d’antisémitisme ou de nazislamisme ceux qui dénoncent la situation actuelle. Car ils sont eux aussi les héritiers de ceux qui, obéissant à leur libre arbitre, luttèrent contre les régimes fascistes coupables du génocide.
Ainsi la formule d’islamo-gauchistes utilisée par les partisans de la politique Israëlo-Etats-Unienne pour désigner leur adversaires n’est que l’écho hideux du judéo-bolchevisme cher aux propagandistes nazis. Le fait d’avoir souffert du racisme ou/et du nazisme n’est certainement pas une excuse pour adopter un comportement fascisant, bien au contraire.

No Pasaran !
Car telle est la terrible nouvelle qu’hurlent les images de Cana ou Gaza , les tergiversations des médias et que notre quotidien nous envoie en pleine face : revoilà la bête immonde, non pas son éveil mais sa marche triomphale.
Là-bas ce sont les représailles qui visent presque exclusivement des population civiles et innocentes faut-il le rappeler ? Les guerres de haute technologie contre des pays ravagés, ne possédant ni aviation, ni marine, ni même blindés ! Un cauchemar éveillé où David serait devenu Goliath dans un choc des civilisations de très mauvaise facture hollywoodienne.
Ici c’est l’extrême-droite bien sûr mais aussi le discours sécuritaire repris par tous (et toutes!). Au nom de la lutte contre le terrorisme les restrictions aux libertés individuelles sont quotidiennes et les systèmes de surveillances électroniques se multiplient. Les camps de déportations et les rafles redeviennent une réalité presque banale.
La population française a pourtant rappelé récemment le pouvoir de la mobilisation en repoussant le CPE.
Mobilisons ! Sortons nos élus de leur torpeur, apportons un soutien sans équivoque à la paix, aux populations Palestiniennes, Libanaises et aux Israéliens qui refusent cette politique d’agression et d’apartheid.
Agissons ici pour le dialogue et contre les intégrismes, défendons un modèle où l’humain prime sur le profit, où la seule véritable sécurité est la liberté !
Ne pas agir aujourd’hui signifie cautionner la barbarie actuelle et à venir !
C’est l’alarme…