23.7.05

[flagrant délit de désinformation]

Dans le sujet du 9-07« A qui profite le crime ? » je vous proposais l’exercice suivant :
Chaque fois qu’un média (chez qui il subsiste une trace inattendue de déontologie) annonce qu’Al-Quaïda revendique un attentat, dans les cas présents Londres, notez le procédé qui se répète systématiquement. Les titres annoncent une revendication sans nuance, par contre les textes, reportages et autres commentaires signaleront immanquablement que la revendication s’est fait via Internet et que « l’authenticité n’a pu être confirmée ».
« Métro » n’est malheureusement pas le seul journal à user du subterfuge.

Au hasard prenons l’édition d’hier de « La Libre » :
Le titre :
« Londres : Al Qaeda revendique les attentats manqués de Londres
AFP 22/07/2005 »
Dans le texte :
« …Nous ne nous calmerons que lorsque toutes les forces infidèles auront quitté l’Irak», lit-on dans le communiqué dont l’authenticité ne peut être établie. »

Même manœuvre dans les éditions du « Monde » :
Le titre :
« Al-Qaida revendique les attentats ratés de Londres - 22.07.05 »
Dans le texte :
« Dans un communiqué diffusé sur Internet et dont l'authenticité ne peut être établie (comme pour les précédents), les Brigades Abou Hafs al-Masri - division Europe, affirment que… »

Deux exemples au hasard…Toi aussi constates l’arnaque, joues au grand jeu de la désinformation et gagnes un regard neuf sur l’actualité !
Plus grave de nombreux médias (encore) moins scrupuleux ne prennent plus la peine de signaler, ni leurs sources, ni le fait que les revendiqués n’aient jusqu’ici jamais pu être identifiés. L’aspect systématique de ce délit de désinformation ne peut être innocent.
Quand même la presse dite ou supposée « sérieuse » se laisse aller à de telle dérive il est temps de se demander posément qui veux lancer « la haine à nos trousse »…

Autre exercice à ne pas oublier quand se produit une « attaque terroriste » : écoutez, lisez attentivement comment les faits vous seront rapportés le jour même et notez durant ceux qui suivent les éléments qui seront soit écartés, voir déniés et ceux qui seront approfondis.
Dans le cas de l’attaque du 7 juillet par exemple toutes les agences de presses rapportèrent dans un premier temps que l’ambassade d’Israël fut avertie de l’éminence des attentats : écarté. Le jour de l’attaque un « exercice » simulant des attaques terroristes avait lieux dans les endroits mêmes ou les attentats eurent lieux : écarté.
Un prochain texte compilera et traitera de tous les éléments écartés et pourtant révélateurs concernant les récents attentats de Londres.
D’ici là : « bonne route sur nos lignes ! »

9.7.05

[à qui profite le crime]


« Celle que j’aime, un membre de ma famille ou moi-même aurions pu être à bord de ce bus, de ces métros, de ces trains…de ces avions. »
Une fois de plus et à point nommé pour alimenter la paranoïa qui petit à petit gagne notre quotidien, le terrorisme annoncé Islamiste frappe.
Aveuglément ? Certainement pas, n’est-il pas troublant de constater à nouveau que dans le cas des attaques perpétuées sur le continent européen les cibles visées ne sont ni des objectifs symboliques, ni militaires, ni même des personnalités politiques. Non, c’est la population qui est prise pour cible, le peuple, les transports en communs, les gares… Une stratégie de la tension qui n’est pas sans rappeler celle que l’Europe connu dans les années quatre-vingt. Epoque où le terrorisme d’extrême droite frappait anonymement et souvent avec l’appui logistique de sections des services de sécurité des états concernés et de cellules des réseaux « Stay Behind » de l’OTAN. Ce que les enquêtes parlementaires démontreront ultérieurement en Italie comme ailleurs et bien sûr en Belgique terre de dysfonctionnements.*  Attentats qui furent régulièrement et à tort attribués à l’extrême gauche qui optait pour une stratégie ciblant des personnalités et des objectifs militaires ou symboliques clairement identifiés- et prenant grand soin d’en authentifier la revendication.

Or aujourd’hui il n’en est rien, inutile de revendiquer un attentat, de téléphoner ou de faire parvenir un document indiscutable : les médias soucieux de faciliter la tâche des terroristes s’attribuent cette délicate mission. Parcourant inlassablement la toile à la recherche d’un obscure site Islamiste revendiquant l’attentat du jour !
Quiconque lira avec attention la prose ou le choix des mots qui commentent tout attentat attribué à la  mouvance « Al-Quaïda » constatera systématiquement l’utilisation de l’affirmation en titre mais lira du conditionnel, des spéculations ou des sources non-identifiées dans le texte.  « Un groupe jusqu’alors inconnu se réclamant de… », « …dans ce communiqué mis en ligne sur un site islamiste et dont l’authenticité n’était pas encore établie.. », dans le texte n’a pas empêché le journal  de titrer :« Al-Quaïda revendique les attentats» ! (Métro 7-8-05)
Ce cas n’est pas unique et trop nombreux sont les médias qui faisant primer la rapidité, la facilité, voir la manipulation avant la déontologie publient et affirment des informations non vérifiées qui de plus s’avèrent régulièrement fausses après enquêtes.
L’attentat contre le WTC de ‘93 était l’œuvre de l’extrême droite états-unienne et non de musulmans, il en va de même pour les auteurs des attaques à l’anthrax en 2001. Il est intéressant aussi de rappeler le cas de l’explosion d’AZF Toulouse et de son pseudo-kamikaze aux trois caleçons !

Le mal est fait, le but est atteint, le spectateur lambda ne verra pas passer les rectificatifs en neuvième page et cette procédure désinformante qui se répète inlassablement dès que le spectre d’Al-Quaïda -au nom mémo-technique et au supposé leader photogénique- est évoqué.  Et pourtant le fait est qu’il n’existe à ce jour aucune preuve concrète pouvant attester d’une organisation internationale telle que la décrivent les médias et les politiques.
Mieux encore, sur 191 Etats membres de l’ONU, 108 déclarent ne jamais avoir observé sur leur territoire quoi que ce soit qui valide l’existence d’« Al Qaïda » et ne pas se sentir concernés par cette prétendue menace planétaire*°. Si des « terroristes d’origine arabe » furent signalés et observés sur le territoire des Etats-Unis, leur présence à bord des avions détournés reste toujours à prouver. (Ils n’apparaissent sur aucune des listes de passagers, par exemple.)
Et quand bien même de prétendus musulmans seraient liés de près ou de loin aux attentats de Londres ou de Madrid, cela ne suffirait pas a démontrer l’existence d’un réseau tel que les néo-conservateurs occidentaux décrivent pour justifier leurs interventions militaires aux gré de leurs besoins géostratégiques et économiques. C’est au nom de la défense des valeurs démocratique que l’occident arma, entraîna,  les groupuscules intégristes qui sévissaient en Afghanistan, maternant ainsi l’embryon du futur épouvantail barbu.

Force est de constater que depuis le onze septembre et l’ouverture officielle de la sainte war on terror , les candidats kamikazes ou volontaires au suicide vengeur se font légions. Car ce que les londoniens viennent de souffrir, ce que Madrid à subi -qui qu’en soient le auteurs réels-  est le quotidien de nombreuses populations civiles qui depuis des années sont les victimes tout aussi innocentes de guerres et d’occupations menées sous de faux motifs mais au conséquences réelles et tragiques.
Il ne s’agit pas de justifier ce qui ne peut l’être mais de rester vigilant quand des gens qui ne prennent ni le bus, ni le train et méprisent le métro, appèlent de tous leurs vœux un choc culturel et religieux. Un affrontement qui d’une part serait profitable à l’économie de guerre impériale et d’autre part entraînerait l’Europe dans la vague néo-conservatrice atlantiste, vers un conflit en son sein méditerranéen. Tout en justifiant la poursuite du processus de sécurisations et de restrictions des libertés individuelles. Agitant de part et d’autre et avec la même indécence des valeurs culturelles et religieuses abrahamistes qu’ils bafouent à tout instant.
Pour clore une image inattendue de la part d’un média officiel : le jour de l’anniversaire de la libération d’Auschwitz, édition spéciale de la RTBF. Un vieil homme de confession juive, un survivant se tient debout face à la caméra. Dans son dos les restes du camp et le spectacle en cours, il lui appartient de conclure. D’une voix douce, sage à l’accent yiddish il déclare à peu près ceci : 
« Ce soir je voudrais rappeler à ceux qui écoutent que cette horreur, cette barbarie n’est pas apparue du jour au lendemain, d’abord il a fallu que s’installe la judéophobie, les calomnies,
le racisme. Comme aujourd’hui lentement mais sûrement s’installe l’islamophobie , ne laissons pas l’histoire se répéter !».


*Cf. Rapport de la Commission d’enquête parlementaire sur l’existence en Belgique d’un réseau de renseignements clandestin international Sénat, 1er octobre 1991, n° 1117-4.
Note de l’ONU sur les deux comités de lutte antiterroriste, 28 juillet 2003