29.5.05

[Fab'Skywalker vs. Dark Channel]

Un article censuré...à l'origine de ce blog//*



Il n’ y a pas si longtemps, dans une Galaxie pas si lointaine…Alors que le Media-Trust Impérial Clear Channel et ses sbires tentent d’imposer leurs dictats sur les mondes libres du Rock, de la Techno et des festivals, une Soundstation rebelle originaire de la planète Liège défie l’Empire lui-même en décidant de le boycotter tout simplement! Fabrice Lamproye auteur de la lettre de rupture avec Clear Channel fait le point sur deux années d’autonomie festive, de résistance culturelle et de succès!

Surprise: ce n’est ni un activiste dread-man, ni un piercé de la nébuleuse du Gotha qui entre dans le spatio-bar du Botanique en orbite pour quelques nuits. C’est un fringuant jeune homme au sourire franc et vêtu d’un élégant veston pré-spatial, les bras chargés de vinyles de Soul...

Fabrice L.: «Ce qui me motive c’est la musique, les concerts. C’est ce qui nous a poussé des amis et moi à ouvrir le premier Escalier. Ensuite en ‘96 nous réaménagions une gare : La Soundstation était née, avec salle de concert, resto et un studio d’enregistrement pour notre label. L’horeca s’est développé parallèlement aux concerts. C’est ainsi que nous fonctionnons en autonomie totale, autant pour les concerts que pour les productions comme Miam Monster Miam, d’Hollywood Porn Star,etc. L’aide officielle commence mais reste ponctuelle, nous sommes autonome à 90%. La possibilité de créer un circuit wallon émerge enfin! Nous avons aussi la chance d’être dans une ville vivante avec un esprit de fête ,où on aime sortir le soir!»

Mais qu’est-ce qui amène un organisateur à qui tout réussit, à volontairement s’attirer les foudres de Clear Channel? La multinationale qui via son agence de booking contrôle l’agenda de quasi tous les groupes anglophones de l’Empire, mais aussi l’organisation de tous les grands concerts et festivals(Werchter,I love Techno,etc.), la pub murale ou sur mobilier urbain du Royaume. Et histoire de couvrir tous les niveaux:la plus grande billetterie en ligne (Go4Music) et toute la pub évenementiellle ou de support (presse comme TéléMoustique). Toutes les casquettes pour un max de profits et un contrôle total.

F.L.«La tâche leur fut facile en Belgique, les organisations étaient très centralisées, il suffisait de racheter les plus gros. Les gens qu’ils emploient ici sont efficaces, c’est une des raison de leur réussite. Ensuite les pressions ont commencé, nous étions obligés de nous soumettre à des conditions d’agenda et financières qui mettaient notre travail en péril.»


“Quand nous avons découvert le reste, on s’est dit: mais cette société pue! Leur conception de la culture est le paroxysme de tout ce que le rock critique!”

Là où ça devient inquiétant c’est quand on réalise que ce sombre monopole impérial, non content d’apporter un soutient actif aux campagne électorales de bush, promeut des Rallies pour l’Amérique évènements nationalistes glorifiant la guerre au terrorisme, destinés à contrer les manifestations pacifistes. Ou quand ils censurent un groupe comme les Dixie Chics suite à leur critique de la politique guerrière.

Fabrice L.:.«Ce qui me choquait c’était combien une telle structure peut modifier un paysage culturel par son monopole absolu. Ce qui a déclenché notre boycott c’est quand nous avons découvert le reste, les implications politiques et idéologiques, on s’est dit:cette société pue! Ils manipulent la passion des jeunes, cette conception de la culture est le paroxysme de tout ce que le rock critique!»

Et pourtant les USA et sa libre entreprise Fabrice connaît et apprécie pour y avoir étudié et vécu longtemps. Quant à savoir si Clear Channel est la tentacule spectaculaire de la mondialisation il est formel:

“Ils manipulent la passion des jeunes !”

F.L.:«Absolument! Et cela démontre à quel point l’optimisation obsessive des profits et la centralisation n’arrange rien: La qualité du service diminue, c’est comme pour les banques : moins d’agences donc plus de files. Le prix des tickets augmente (+35% en 4 ans) et la qualité et la diversité de l’offre diminue! (-60% en 6 ans*).Mais rare sont ceux qui osent les critiquer car leur monopole les rend indispensables et aussi parce qu’ils manquent totalement d’humour!».

La petite Britney S. (Massachusetts) qui avait eu le culot de choisir une autre agence pour sa tournée s’est vu virée fissa des programmations des médias appartenant à la transnationale et son single de l’époque (pas plus nul que les autres) s’est magistralement planté ! Que des avocats d’états-unienne boutonneuse bataillent un requin capitaliste n’a que peu d’intérêt pour des rebelles post-situationniste tel que le lectorat de Target e-zine je vous l’accorde, voyons donc comment nos ardents Liégeois survivent depuis ce fameux boycott...

Fabrice L.:.« Bien sûr le boycott implique des frustrations, mais nous nous y tenons. Nous avons réorienté notre programmation, plus française et plus locale avec de très bon résultats.

La France est protégée contre ce type de monopole par l’heureuse anarchie qui y règne dans le milieu du spectacle. Et ça fonctionne, il y des structures de tous types, de toutes tailles et tout le monde y trouve son compte de l’artiste à l’agent et surtout le public. »

F.L.:« Régulièrement je rencontre des gens qui regrettent l’état des choses actuel, ce monopole finira par imploser. Et si les artistes jouent plus souvent la proximité nous échapperons au formatage!»

Sur la route des festivals, ces sages paroles tu méditeras, va jeune Jedi et que la Farce soit avec toi!


Fabrice Lamproye bio:
37 ans, producteur, organisateur de concert, gérant-horeca, juriste - bon père de famille.
Signes Particuliers:
Activiste de fer dans un gant de velours BC-BG.
’92 Ouvre un café concert l'Escalier, un autre suivra à Huy. ’96 Réaménage une ancienne gare en lieu culturel polyvalent: lla SoundStation et lance unLabel au très joli palmarès!

*(Analyse des programmations radios par Le Monde.)
* Historiette d’une censure en démocratie de marché...
Cet article interview destiné à un numéro « spécial festival » d'un magazine belge était le fruit d’une décision prise en réunion de rédaction. Une fois réalisé et envoyé le nouveau rédacteur en chef me téléphona pour me féliciter et me dire combien il en appréciait la tournure SF humoristique.
Je n’étais pas peu fier de démontrer à Fabrice que, si !, un magazine oserait revenir sur ce sujet !
Le lendemain le même rédac’chef déconfit appelle pour m’apprendre que «la direction commerciale refuse de publier l’article». Raison invoquée : «ne pas heurter un partenaire potentiel». Le numéro du mois suivant fut annulé, le magazine totalement remanié pour raisons financières -entendez vidé de tout contenu à caractère social ou de culture alternative- et est devenu ce que vous savez. J'y écr(iva)is quelques chroniques musicales et cherche d'autres tribunes,TAZ galactiques ou projets non contrôlés par l'empire…
à suivre...